Sommaire

La construction du Duché

Avant-propos

Définir la Savoie revient à suivre, à l'aide d'une carte topographique, les lignes de crêtes qui définissent les bassins versants des sommets des Alpes au Léman et son déversoir rhodanien, voire sur les versants est du massif de la Chartreuse. En son sein, sur le même principe, les six grandes vallées intra-alpines délimitent ce qui deviendra les six provinces historiques de la Savoie : la Savoie Propre, la Maurienne, la Tarentaise, le Chablais, le Genevois, et le Faucigny.

L'Histoire de la Savoie se confond avec celle de ses maîtres issus de la Maison de Savoie, apparue dès le XIème siècle, avec Humbert aux Blanches Mains, premier Comte, en Maurienne. Limitée à cette vallée, la future Maison de Savoie s'accroît politiquement et territorialement au fur et à mesure des alliances et des combats.

Elle obtient en 1416 le titre ducal avec Amédée VIII de Savoie, légitimant au niveau européen le rôle géostratégique de son territoire qui valait à ses souverains le surnom de Portiers des Alpes. Regardant de plus en plus « par-delà les monts », la Maison de Savoie délaisse la Savoie au profit de sa politique italienne, la faisant passer de berceau de la famille à l'une des composantes des États de Savoie. Annexée pour les uns, rattachée pour les autres, la Savoie par le traité de Turin de 1860 rejoint la France.

Le Comté de Savoie

C'est en 1003 qu'une première mention de la tige de la maison de Savoie, Humbert (« comte », sans autre précision), apparaît dans une concession faite par son parent l'évêque de Belley. Comte de Belley, principal conseiller de la reine de Bourgogne Ermengarde, possessionné depuis 1014 dans le comté de Savoie (terre entre Conflans et le lac du Bourget), comte d'Aoste depuis 1023, comte de Viennois, Bugey et Sermorens depuis 1025, comte de Chablais en 1032 avec autorité sur l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune, Humbert soutient l'empereur Conrad II lors de la guerre de succession du royaume de Bourgogne. En 1033, la maison de Savoie se rattache au Saint Empire romain germanique.

Devenu également comte de Maurienne entre 1039 et 1043, Humbert Ier (dit aux Blanches Mains, selon des chroniques du XVème siècle) édifie une principauté de grande taille, entre le lac Léman au nord, la vallée de l'Arc au sud, le sillon rhodanien à l'ouest et la haute vallée du Pô à l'est. Il s'assure également la maîtrise des grands cols alpins (Grand et Petit Saint-Bernard, mont Cenis). Néanmoins, cet important ensemble de terres ne comprend pas encore le vaste Faucigny, le Genevois et toute la Tarentaise.

En 1045, Odon, le fils cadet de Humbert Ier (1003 - 1048), épouse Adélaïde de Suse qui apporte en dot le marquisat du Piémont et fonde, en 1064, l'abbaye de Sainte-Marie de Pignerol, future base de l'expansion savoyarde en Italie. Ainsi, l'empereur Henri IV, qui a épousé Berthe de Savoie en 1066, peut-il franchir les Alpes sans difficulté pour se rendre à Canossa. En effet, « le seigneur de Savoye est comme empereur en ses estats ».

Les successeurs d'Humbert Ier aux Blanches Mains accroissent le patrimoine familial. Sans supplanter le titre usuel de comte de Maurienne et marquis en Italie, le seul titre de comte de Savoie est mentionné, pour la première fois, par Amédée III dans une donation en 1143.

L'installation du pouvoir

La Savoie aux XIIème et XIIIème siècles

En 1264, Pierre II fait adopter les Statuts par une assemblée de nobles et de non-nobles. Ces statuts constituent la première assemblée nationale : à partir du XIVème siècle on parlera de réunion des Etats, groupant les représentants de la noblesse, du clergé et des communes.

En 1295, Amédée V le grand fait l'acquisition du château de Chambéry et l'Etat se dote d'une capitale. 30 ans plus tard, le comte Aymon crée un conseil comtal, conseil résident de justice, fixé à Chambéry.

Les comtes de Savoie (notamment Amédée VI le comte Vert et Amédée VII le comte Rouge) obtiennent le titre de vicaire impérial pour l'Italie du Nord. Ils acquièrent la Bresse, le pays de Vaud, et étendent leur domination sur le Piémont et le Valais.

Le recentrage et l'ouverture maritime

La Savoie au XV ème siècle

Au siècle suivant, les comtes, désormais princes d'Empire, contrôlent le Canavais, conquièrent le pays de Gex et le Beaujolais d'Empire, et constituent le grand Chablais savoyard.

Mais la progression territoriale, due surtout à la maîtrise des cols et de la route d'Italie que les souverains ne cessent de monnayer, est freinée par la puissance de la France et de l'Empire habsbourgeois.

Après la signature avec le roi Jean II le Bon des traités de Paris (1354 - 1355), où la Savoie cède le Viennois en échange du Faucigny et du pays de Beaufort, l'expansion savoyarde s'oriente vers l'Italie. L'achat du comté de Nice en 1388 donne aux Etats de Savoie un débouché maritime.

Amédée VIII, qui a acquis le Genevois en 1401, obtient de l'empereur l'érection du comté en duché de Savoie en 1416. 3 ans plus tard, le Piémont est incorporé aux Etats de la Maison de Savoie. L'apogée est atteint au XVème siècle.

L'érection en duché

En 1430, Amédée VIII fait refondre, sous le nom de Statuts de Savoie (Statuta Sabaudiae), les multiples lois jusque là en vigueur d'un bout à l'autre du duché. La Savoie était, dès cette époque, structurée en Etat-Nation.

L'Etat savoisien était déjà fortement constitué : une autorité unique, solidement instaurée sur de bons fondements, des atouts juridiques, une force militaire importante, un réseau d'alliés s'étendant de l'Angleterre jusqu'au monde byzantin, un îlot de sécurité en Europe.

Les Statuta Sabaudiae se donnaient pour objet de centraliser l'administration, d'affirmer le prestige du souverain face à l'enchevêtrement des pouvoirs et des allégeances issus de la féodalité. A la tête de l'édifice judiciaire se trouve le Conseil résident de Chambéry. Au degré inférieur, la justice est exercée dans les provinces par les juges-mages, assistés d'un procureur fiscal. Le chancelier de Savoie est le premier personnage de l'Etat après le Souverain. Les assemblées des trois Etats ont pour but d'établir entre elles et le souverain une communication désirée.

De par leur étendue, les Statuts de Savoie sont plus qu'une constitution, puisqu'il régissent également les rapports sociaux et fondent un Etat aux finances solides. La nation puisait son essence dans une communauté d'origine, d'histoire, de moeurs, de langue et de territoire. Les communautés rurales et urbaines, les seigneurs et ecclésiastiques, acceptaient l'autorité de cet Etat qui s'imposait dans les domaines de la juridiction, de la législation, du monnayage et de l'imposition.

En contrepartie, l'Etat apportait sa protection constante et efficace à tous, honneurs et avantages aux seigneurs, franchises et politiques économiques aux communautés rurales et urbaines (les villes étaient munies de chartes). L'Etat créait également des emplois ouverts à tous dans l'administration princière. La Savoie était un pays efficace et prospère.

Convoitée par la France

La Renaissance

La Savoie au XVI ème siècle

La maison de France et la maison d'Autriche avaient des ambitions similaires : l'une et l'autre convoitaient la possession des cols Alpins entre la Méditerrannée et la Lombardie.

Dans le même temps, l'Etat Savoisien connaît une crise profonde à la fin du XVème siècle, les successeurs d'Amédée VIII n'arrivant pas à s'imposer, ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. Cela se traduisit par une succession d'invasions.

La pression française s'accentue au temps de Louis XI et l'orientation de la dynastie vers l'Italie entraîne la création d'un parti savoyard et d'un parti piémontais. Presque entièrement occupée par la France lors des guerres d'Italie (1536 - 1559). La plus grande partie de la Savoie est occupée par troupes françaises de François 1er, bernoises (Genevois et Pays de Gex), valaisannes (Chablais).

Il faut attendre la défaite du roi de France à Saint-Quentin et la victoire des armées de l'empereur Charles-Quint, menées par Emmanuel-Philibert de Savoie, pour qu'en 1559 Emmanuel-Philibert restaure l'Etat savoyard.

Malgré cela, en 1563, Emmanuel-Philibert transfère la capitale à Turin, Chambéry étant jugée trop exposée aux troupes françaises. Le Sénat de Savoie reste à Chambéry (deux autres Sénats existent en Piémont et à Nice).

Le Sénat de Savoie, successeur du Conseil comtal fondé en 1329, devient en 1560 une vraie chambre législative et constituante, avec compétence sur tous les domaines ducaux en deçà des Alpes ainsi que sur la vallée d'Aoste. Dans le même temps, le développement de la Contre-Réforme (avec saint François de Sales) provoque une guerre avec Genève dont la Savoie reconnaît officiellement l'indépendance en 1603.

L'esquisse d'un royaume

La Savoie au XVII ème siècle

Les conflits avec la France se poursuivent au XVIIème siècle. Après l'annexion par Henri IV des pays entre Saône et Rhône (Bresse, Bugey et pays de Gex) en 1601 en échange du marquisat de Saluces, la Savoie abandonne à la France la forteresse de Pignerol (1631) et le pays, entré dans les coalitions formées contre Louis XIV, est occupé à deux reprises (1690 - 1696 et 1703 - 1713) par les Français.

Lors du traité d'Utrecht de 1713, la Savoie se voit attribuer la Sicile, ancienne possession espagnole, puis la France et l'Angleterre obligent Victor-Amédée II de Savoie à accepter la Sardaigne en échange de la Sicile, échange concrétisé par le traité de Londres en 1720.

Le duc de Savoie ne se souciait pas de posséder la Sardaigne plutôt que la Sicile. Ce qui lui importait essentiellement, c'était la couronne royale qui coiffait les blasons de ces deux îles. Pour cause : la Savoie, qui était une ancienne terre d'empire, ne pouvait devenir un royaume. Or, avec le temps, la famille de Savoie, qui s'était définitivement exilée à Turin, voyait grandir son projet italien et rêvait d'une couronne royale, condition essentielle pour unifier ce pays et y régner. L'Italie n'était alors qu'une mosaïque de petits Etats, protectorats ou possessions, que leurs rivalités ne cessaient d'affaiblir, alors que grandissait l'Etat savoisien du Piémont. Ce titre royal rapprochait la famille de Savoie de son ambition italienne.

Deux souverains éclairés, Victor-Amédée II (1680 - 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 - 1773) conçoivent et mettent en place un programme d'innovations dont le dynamisme conduit l'Europe des lumières à admirer la Savoie pour la volonté réformiste de sa monarchie. Celle-ci avait su précéder de plus d'un demi-siècle le grand projet égalitaire porté par les révolutionnaires parisiens de juillet 1789. L'élaboration d'un cadastre en 1730, le premier d'Europe, avait permis d'établir une certaine égalité devant l'impôt. Les droits seigneuriaux, les privilèges du clergé, la vénalité des charges avaient été bannis de Savoie. L'Etat est structuré, modernisé, les privilèges en voie d'extinction.

Révolution et Empire

La République française annexe la Savoie en Septembre 1792 par un décret de la Convention nationale qui fait référence au "peuple souverain de la Savoie". Cette occupation française va durer 23 années. Une partie de l'élite émigre et les pertes humaines résultant de l'invasion de 1792 et de la conscription sont estimées à 80 000 personnes.

Lors du Traité de Paris en 1814, les représentants de Genève, appuyés par ceux de l'Autriche, proposèrent de détacher une partie de la Savoie (le Chablais et le Faucigny) de la monarchie sarde pour la faire entrer dans la Confédération Helvétique, "aux mêmes conditions que chacun des autres Etats souverains". Une partie restait française (Genevois et Savoie Ducale). Le royaume de Sardaigne conservait la Tarentaise et la Maurienne et recevait, en échange, l'Etat de Gênes, ville et territoire. Victor-Emmanuel Ier, duc de Savoie, s'y opposa en ces termes : "Nous ne sommes ni la Maison de Piémont, ni la Maison de Sardaigne, mais celle de Savoie". En 1815, le second traité de Paris corrige : la Savoie n'était pas démantelée, et quelques communes étaient transférées à Genève, en contrepartie de la zone franche et de la neutralité.

Tournée vers l'Italie

Buon Governo et Statuto

Entre 1815 et 1831, Victor-Emmanuel Ier et Charles-Félix maintiennent tous les anciens usages et le Buon Governo est une période anachronique où le Savoie est un ilôt de paternalisme absolutiste. Le Sénat est rétabli, à Conflans (Albertville), mais perdait peu à peu ses attributions. Dans le même temps, une bonne gestion est maintenue : les impôts sont diminués et de grands travaux réalisés.

En 1848, Charles-Albert octroie le Statuto qui reprend la charte de 1815. Les institutions nouvelles comportent une constitution (statut) et un parlement et instaurent les élections au suffrage censitaire abaissant le cens à payer en Savoie.

Jusqu'en 1860, les institutions représentatives permettent à la population de s'exprimer : les conseils municipaux élus choisissent les syndics (maires), la chambre des députés est renouvelable tous les cinq ans, la presse est libre, tous les citoyens sont égaux devant la loi. Grâce à Cavour, qui élabore des projets de liaisons transalpines, le pays retrouve sa vocation séculaire.

Les Etats sardes

La Savoie aux XVIII ème et XIX ème siècles

La période 1718 - 1861 est caractéristique de l'ambition italienne de la Savoie. Le traité d'Utrecht attribue à Victor-Amédée II une partie du Milanais et surtout la couronne de Sardaigne. Les Etats de Savoie prennent alors le nom d'Etats sardes.

Duc de Savoie, prince de Piémont et roi de Sardaigne, le souverain modernise les institutions et entreprend des réformes libérales. Le royaume s'agrandit en 1738 et 1748 jusqu'au lac Majeur et au Tessin aux portes de Milan.

Charles-Albert entre en lutte avec l'Autriche mais est battu à Custozza et Novare (1848 - 1849). Il abdique en faveur de Victor-Emmanuel II (1849 - 1878). Celui-ci s'appuie sur Cavour pour réaliser l'unité italienne. En 1859, le Piémont s'empare de la Lombardie avec l'aide de Napoléon III. Les plébiscites de Mars 1860 rattachent Parme, Modène, la Romagne et la Toscane au royaume.

En contrepartie de son concours, Napoléon III exige la cession du duché de Savoie et du comté de Nice, lesquels sont remis à la France par le traité de Turin du 24 Mars 1860, confirmé par des plébiscites en Avril. Le résultat favorable à l'Empire français conservateur est acquis grâce à l'action des agents de Paris et des notables locaux (grands propriétaires terriens et clergé catholique) qui, contre les voeux des bourgeois libéraux, entraînent leur clientèle et la masse paysanne hostile à la politique religieuse de Cavour.

Après les plébiscites de l'automne 1860, qui entérinent l'annexion du royaume des Deux-Siciles et des provinces pontificales des Marches et de l'Ombrie, Victor-Emmanuel II est proclamé roi d'Italie par le premier Parlement élu, confondant la destinée des Etats sardes avec celle de l'Italie.

L'Annexion

Avec le Risorgimento, les populations de la Savoie, principalement les élites, développent l'idée que leurs souverains abandonnent le berceau de leur famille en favorisant le versant piémontais et l'Italie. Ils soulignent aussi une politique de recrutements administratifs discriminatoires à leur encontre du fait qu'ils sont francophones.

Le 21 Juillet 1858, le ministre du royaume de Sardaigne Cavour rencontre l'Empereur des Français Napoléon III, en cure à Plombières. Lors de cette entrevue secrète, Napoléon III accepte d'aider le Piémont-Sardaigne à unifier l'Italie, à condition que le pape reste maître de Rome et que le comté de Nice et la Savoie soient cédés à la France.

En Avril 1859, l'Empire d'Autriche déclare la guerre au royaume de Piémont-Sardaigne qui fournit des armes aux Lombards. Les Sardes sont vainqueurs à Palestro et Montebello, mais les alliés français l'emportent difficilement à Magenta (4 Juin) et à Solferino (24 Juin). Inquiet, Napoléon III signe l'armistice de Villafranca (8 Juillet). Cavour démissionne et la cession de la Savoie et de Nice ne paraît plus être à l'ordre du jour. L'opinion commence à s'agiter sur un probable avenir français. On envisage le maintien de la province dans le royaume sarde, voire un rattachement à la Suisse.

Face à ces idées de partition de la province, la diplomatie s'organise. Le 24 Mars 1860, le Traité de Turin est signé, la Savoie se trouve désormais rattachée à la France, sous certaines conditions et sous réserve de l'adhésion des populations (exigence des chancelleries helvétique et britannique).

Le 1er Avril, le roi délie ses sujets savoyards de leur serment de fidélité. On décide d'une date pour le plébiscite, le 22 Avril. Afin d'éviter les tensions dans les territoires septentrionaux de la Savoie, il est décidé d'éditer un bulletin spécial OUI ET ZONE qui correspond à la ratification du traité de Turin, accompagné de la création d'une Grande Zone franche au Nord de la Savoie. Le Traité est soumis, le 29 Mai 1860, à la ratification du parlement de Turin.

Dans la France

La Première Guerre Mondiale

La Savoie est durement touchée par la Première Guerre Mondiale, malgré les statuts de neutralité dans le nord de la Savoie acquis en 1815, avec environ 20 000 morts pour la France, dans les deux départements.

Les troupes savoyardes combattent sur tous les fronts avec les régiments d'infanterie (30ème, 97ème, 230ème et 297ème) ainsi que sur le front alpin contre l'Autriche, où ils seront surnommés les Diables bleus. Bien que le territoire de la Savoie ne fut pas touché directement par la guerre, la catastrophe ferroviaire de Saint-Michel-de-Maurienne le 12 décembre 1917 entraîne la mort de plus de 800 Savoyards permissionnaires, revenant du front alpin italien pour les fêtes de Noël.

La Seconde Guerre Mondiale

Au début de la Seconde Guerre Mondiale, le front des Alpes reste relativement à l'abri du conflit. Le 10 juin 1940, alors que la France est en lutte contre l'envahisseur allemand, Mussolini déclare la guerre. La Savoie va connaître l'occupation italienne, puis l'occupation allemande.

Les troupes de Savoie luttent essentiellement en Maurienne, en Tarentaise et dans la vallée du Rhône. En 1944, La résistance en Savoie s'illustre au plateau des Glières, maquis mis en place par Tom Morel. Les luttes contre l'armée allemande et la milice française connaissent une fin tragique. Le plateau des Glières deviendra un lieu chargé du symbole de la résistance.

Le 24 Août, Aix-les-Bains est libéré par les Résistants, puis Chambéry le lendemain. Un Comité départemental de la Libération, réunissant les mouvements de Résistance, est instauré, et Lucien Rose devient préfet. Toutefois, la retraite allemande à travers la Maurienne sera très longue, accompagnée de très nombreuses exactions et destructions de villages (Hermillon) ou de ponts.

Des combats auront ensuite lieu tout au long de l'hiver 44-45, notamment au Roc Noir (col du Petit-Saint-Bernard) et au Mont-Cenis, entre FTP, 13ème BCA et troupes allemandes, pour contrôler les lignes de crêtes. Ces combats ne s'arrêteront que lors de la capitulation du 8 mai 1945.

L'immigration italienne

La première vague d'émigration italienne en Savoie remonte à la fin du XIXème siècle, avec l'arrivée de paysans en provenance du Frioul, du Piémont, de Gênes, quittant des campagnes pauvres pour travailler comme ouvriers ou saisonniers en Savoie. Après la Première Guerre Mondiale, une nouvelle vague est formée de migrants chassés par la pauvreté et de réfugiés politiques. Des heurts avec la population existent (notamment en raison de la hausse du chômage dans les années 1930).

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la Savoie fait partie de la zone d'occupation italienne, rendant houleuse la cohabitation avec la population italienne. De nouveaux immigrants s'installeront dans les années 1950-1960, avant l'arrivée de nord-africains, embauchés sur les grands chantiers hydrauliques. En 2008, la Savoie comptait encore 23 000 ressortissants italiens (2% de la population), mais on estime qu'un Savoyard sur trois a une origine italienne.

La Maison de Savoie

Un rapide historique

Seule des familles régnantes d'Europe, la Maison de Savoie pose la question de son nom, puisqu'on ne lui connaît pas d'autres appellations que sa référence à la province. D'autant qu'elle ne prit le titre de Comte de Savoie qu'à la fin du XIIème siècle mais la question demeure de l'apparition de cette dénomination.

Un millénaire sépare approximativement l'apparition du premier prince de la dynastie Humbert aux Blanches Mains de l'abdication forcée d'Humbert II roi d'Italie en 1946, longue durée qui n'a d'équivalent qu'avec les Hohenzollern, alors que les Habsbourg se sont étirés sur le trône durant six siècles, les Bourbons sur quatre, les Romanov et les Hanovre d'Angleterre sur trois.

Dès le début, la Maison de Savoie a eu l'ambition de jouer sur les deux versants des Alpes. A l'Ouest il fallut d'abord s'imposer aux comtes de Genève et aux barons du Faucigny mais les nobles surtout Vaudois et bressans restèrent longtemps turbulents et les hauts Valaisans menacèrent constamment l'Etat savoyard.

Cependant la mainmise sur le Piémont fut encore plus difficile du fait de la turbulence des communes et de l'irréductible opposition des marquis de Saluces et de Montferrat d'autant que la fâcheuse habitude des apanages (de Savoie Vaud puis de Savoie-Nemours en Genevois) en faveur des cadets de la famille comtale avait la triste conséquence de diviser l'Etat sitôt après ses agrandissements. Ce ne fut qu'à la toute fin du XIVème siècle et au début du XVème siècle que ce dernier donna enfin l'impression à la fois de son unité et de sa sûreté sur ses frontières.

Cependant il est évident qu'après la perte au XVIème siècle du pays de Vaud, de Genève et du Valais et après le traité de Lyon de 1601 qui donnait à la France la Bresse, le Bugey et le pays de Gex, la Maison de Savoie, bloquée vers l'ouest, ne pouvait manquer de jeter son dévolu sur la plaine du Pô en particulier sur la riche Lombardie, objectif qu'elle crut atteindre en 1733 et en 1848, ce qui ne se réalisa finalement qu'en 1859 et fut d'ailleurs immédiatement dépassé par l'annexion de l'Italie centrale.

La devise de la Maison de Savoie

La devise des comtes, puis ducs de Savoie, associée à la croix d'argent sur champ de gueules, est "custodibus istis", c'est-à-dire "A ces gardiens-là". Le mot "Fert" ("Il porte, il supporte, il remporte") est la devise de l'ordre de l'Annonciade créé en 1362 ou 1364 par le comte Amédée VI sous le nom d'ordre du Collier ou du Lac d'Amour et renouvelé sous son nom moderne en 1518 par le duc Charles III, puis en 1869 par le roi Victor-Emmanuel II.

Les blasons de la Maison de Savoie

Armoiries des Savoie

Au tout début du XIIIème siècle, au moment même où les Capétiens adoptent les fleurs de lys et les Plantagenet les léopards d'or, le comte Thomas choisit la bannière traditionnelle de l'empereur à aigle de sable en un champ d'or. Un demi-siècle plus tard, apparaît la croix de Savoie, d'argent sur champ de gueules et s'impose au début du XIVème siècle sous Amédée V le Grand.

Les départements actuels de la Savoie et de la Haute-Savoie en France correspondent :

  • En 1416, lors de l'érection du duché de Savoie, aux baillages de Chablais, Faucigny, Genevois, Savoie Propre, Tarentaise et Maurienne
  • De 1718 à 1792, dans le royaume sarde, au duché de Savoie avec les intendances de Chablais, Faucigny, Carouge (1780), Genevois, Savoie propre, Tarentaise et Maurienne
  • De 1818 à 1860, au sein du royaume de Piémont-Sardaigne, au duché de Savoie avec les provinces de Chablais, Faucigny, Carouge (jusqu'en 1837), Genevois, Savoie propre, Tarentaise et Maurienne
Le Chablais
Le Faucigny
Le Genevois
La Savoie Propre
La Maurienne
La Tarentaise

Les Ordres de la Maison de Savoie

L'Ordre de l'Annonciade correspond au départ à l'Ordre du Collier fondé à Bourg-en-Bresse vers 1362 par Amédée VI juste avant son départ en croisade. L'Ordre est ensuite réformé en 1400 et 1434 puis en 1518, le duc Charles III le rebaptisant alors l'Ordre suprême de la Très Sainte Annonciade. Il était initialement à 15 (autant que les mystères du Très Saint Rosaire) puis 20 chevaliers, tous obligatoirement de haute et bonne noblesse, princes du sang et chefs d'Etat, appelés cousins du duc, le grand maître de l'Ordre étant le duc lui-même.

La fête de l'Ordre était célébrée le 25 Mars, en la fête de l'Annonciation, l'insigne en étant le médaillon de l'Annonciation porté à un collier (jamais à un ruban) lui-même formé d'une suite d'entrelacs dit « d'amour ». L'Ordre a été supprimé en 1946 par le gouvernement de la République italienne.

L'Ordre de Saint Maurice (du nom du saint patron de la famille de Savoie) a été créé en 1424 à Ripaille par le duc Amédée VIII pour six chevaliers qui faisaient initialement les voeux de chasteté et d'obéissance mais leur augmentation entraîna vite l'oubli de ces obligations. En 1572, il fut réuni par le pape à l'Ordre de Saint Lazare de Jérusalem, dérivé des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem lui-même en déclin depuis le milieu du XVème siècle.

Il devient l'ordre courant de la Maison de Savoie, suspendu de 1799 à 1816, relevé en 1816 et par la suite réformé une quinzaine de fois jusqu'à nos jours. Il a été reconnu d'utilité publique par la République italienne en 1951 et se consacre actuellement à des oeuvres hospitalières. L'Ordre comprend cinq dignitaires, 25 grand croix, 50 commandeurs et des officiers et chevaliers en nombre illimités (près de 1500) nommés par le chef de la famille de Savoie.

Tous se réunissent le 22 Septembre en la fête de Saint Maurice pour une messe solennelle à Saint-Maurice d'Agaune puis à un chapitre général à Genève. Ils portent une croix tréflée d'émail blanc posée sur une croix de Malte en émail vert suspendues à un ruban de moire verte et surmontée d'une couronne (ducale jusqu'en 1713 et depuis royale) avec un manteau rouge à capuchon.