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Principes généraux

Tous les experts militaires et les grands stratèges de l'histoire s'accordent pour dire que Napoléon a porté l'art de la guerre à son paroxysme. De Von Clausewitz qui le tenait pour le Dieu de la guerre, au Maréchal Foch qui reprit la théorie napoléonienne de l'offensive à outrance.

Aucun grand général n'a été plus étudié que lui, tous ont essayé de découvrir la formule qui amena Napoléon à gagner autant de victoires. Toutes les batailles ont été examinées à la loupe par toutes les académies militaires de très nombreux pays afin de former au mieux ce qui auront la charge de commander leurs armées de demain.

Au XIXème siècle, la théorie militaire est principalement incarnée par le baron d'Empire, Antoine Jomini, réformateur de l'armée helvète et analyste perspicace. Il fût le premier à étudier les principes de l'Empereur. Jomini étudia les guerres de Napoléon et de Frédéric II et définit cette règle : il faut se « diviser pour vivre et se réunir pour combattre », autrement nommée théorie des « lignes d'opérations ».

Les 12 commandements

Offrant une conception souple de la manoeuvre, celle-ci aura une influence majeure et amène notamment les stratèges français à penser que Napoléon avait formulé un modèle universel, reproductible et permanent. Napoléon n'en a jamais parlé clairement, mais Jomini trouva certains principes récurrents :

  • Poursuivez avec énergie
  • En terrain difficile, couvrez votre front avec de petits détachements
  • Utilisez le carré en terrain découvert
  • Prenez l'initiative des mouvements
  • Attaquez le point le plus faible
  • Dispersez l'ennemi par de fausses attaques
  • Des trois alternatives, défensive, offensive, ou une combinaison des deux, choisissez soit la deuxième soit la troisième
  • Si vous avez l'armée la plus forte, attaquez les deux extrémités de la ligne ennemie
  • Concentrez-vous pour l'action
  • Combinez solidité et mobilité dans votre attaque
  • Connaissez la position de l'ennemi
  • Édifiez un moral élevé

La guerre de mouvement

Le premier grand principe qui ressort des guerres napoléoniennes, innovant pour l'époque, c'est la « guerre de mouvement ». Ce mouvement a pour but de surprendre l'adversaire, de le désorganiser ou de le surprendre en flagrant délit avant même qu'il n'ait pu réunir ses propres forces et les écraser l'une après l'autre.

Un des atouts majeurs de Napoléon consistait justement à orchestrer parfaitement une dispersion intelligente de ses troupes et la concentration ultra rapide de celles-ci au point le plus faible de l'adversaire. Ainsi il peut se présenter à la bataille dans la position la plus avantageuse avec la totalité de ses forces.

Le tout est une question de vitesse et d'identification des positions de l'adversaire afin de perturber son plan stratégique de manoeuvre et bien souvent de l'obliger de passer d'une situation offensive à une situation défensive. Ainsi, l'ennemi perd progressivement le contrôle de la situation comme lors de la Campagne d'Italie où Bonaparte dira en parlant des déplacements de l'adversaire « qu'ils s'effectuent avec une telle exactitude qu'on pourrait s'imaginer, qu'ils ont été placés sous mon commandement, qu'ils n'agiraient autrement ».

Les déplacements des troupes

On n'impose sa volonté à l'ennemi qu'en le devançant sur tous les terrains, en ne lui donnant pas le temps ni de comprendre, ni de se reconnaître. L'exemple le plus illustre est le général autrichien Mack qui se trouvait à Ulm et s'attendait à voir déboucher Napoléon par la Forêt Noire. Or la Grande Armée se trouvait déjà sur ses arrières, effectuant sa manoeuvre d'encerclement et le coupant ainsi de ses voies de communications. Le temps que Mack s'avise réellement de la situation, Napoléon parachevait sa phase d'encerclement éliminant du coup toute possibilité de retraite à son adversaire.

Pour pouvoir réaliser cette opération, la Grande Armée avait du en une dizaine de jours parcourir une distance de 200 à 250 kilomètres pour sauter du Rhin au Danube. Cette manoeuvre imaginée par Napoléon alors qu'il se trouvait encore à Boulogne, démontre parfaitement la clairvoyance de la stratégie napoléonienne et de la qualité des renseignements qui sont en sa possession sur la position de l'ennemi et l'évaluation de ces forces.

Il ne restait plus qu'à la Grande Armée à bondir à marches forcées d'une extrême rapidité pour l'époque (15 jours) pour surprendre un adversaire qui semble manoeuvrer en plein brouillard.

De toute façon, un monde séparait les vues de Napoléon des autres généraux de l'époque. Ils en étaient encore aux opérations savantes et savamment orchestrées, aux évolutions ordonnées comme les figures d'un carrousel. Les troupes ennemies n'avançaient qu'en constituant pour leurs besoins d'amples magasins, des lignes d'étapes soigneusement jalonnés, des points d'appui solidement occupés et fortifiés. En tout cas, il est difficile d'imposer des marches quotidiennes de douze à quinze lieues à des régiments formés de soldats par racolage comme en Autriche, d'aventuriers en grande partie étrangers comme en Prusse, de serfs dressés à coups de bâtons comme en Russie.

Le renseignement

Egalement innovant pour l'époque, la création d'un service de renseignements efficace qui permet de connaître la position, l'évaluation des forces et leur composition avec une grande exactitude. Napoléon quant à lui est passé mettre dans l'art de l'intoxication des services de renseignements ennemis en faisant diffuser par tous les moyens dont il disposait de faux renseignements sur l'évaluation de ses propres forces, sur leurs positions, sur leurs destinations.

La bataille décisive

C'est quand les combats se réunissent en une grande bataille générale que les résultats sont plus grands. Plus un général en chef est animé du véritable esprit de la guerre, plus il a conscience qu'il peut et doit battre son adversaire, et plus ardemment il recherche la bataille générale dès le début de la guerre et compte tout atteindre par elle. Bonaparte ne s'est peut-être jamais mis en campagne sans viser à cette bataille générale. Débuter par des coups décisifs et se servir des avantages ainsi obtenus pour frapper de nouveaux coups, jouer toujours son gain sur la seule carte jusqu'à ce que la banque sautât, là était toute la méthode. Encore en 1814, son dessein était de réunir le plus rapidement possible le gros de ses forces et, de livrer une bataille offensive tandis que la logique fondamentale aurait due être justement l'idée de la défense pour retarder à tout prix la bataille.

Les différentes tactiques

Napoléon a toujours recherché le choc décisif à un endroit déterminé par lui au moment voulu avec des forces supérieures ou très légèrement inférieures à celles de l'ennemi. Partout où Napoléon a eu l'opportunité du moment et de ses forces il fut victorieux. Lorsqu'il n'en eut pas la possibilité comme à Leipzig, Brienne, Laon, et Waterloo, il fut battu. Le génie de Bonaparte étant justement de savoir les utiliser avec le coup d'oeil, le tact et le doigté indispensable à leur pleine efficacité.

Forces égales ou supérieures

La marche sur les arrières

Première possiblité, Napoléon exécute sa manoeuvre favorite, « celle sur les arrières de l'ennemi ». Il encourage à dessein l'adversaire à menacer sa principale ligne de communication, volontairement mal gardée, rassemble le gros de ses forces de façon excentrique.

Ayant adopté une ligne de retraite plus ou moins détournée, il se précipite avec son gros sur les arrières de ceux-là mêmes qui s'imaginaient profiter de son imprudence pour l'écraser. L'exemple le plus frappant est la Campagne d'Italie.

La masse tournante

Deuxième possibilité, Napoléon exécute la manoeuvre de la « masse tournante ». Il laisse volontiers sa ligne de retraite mal gardée, de façon à ce que l'adversaire soit tenté de prendre l'offensive de ce côté, puis détache sur le flanc de l'ennemi une « masse tournante » qui vient menacer à son tour la ligne de retraite de ce dernier.

Ainsi, engagé d'une part dans son offensive, amené d'autre part à protéger sa propre retraite en envoyant un corps de flanc-garde, l'adversaire dégarnit son centre.

Alors Napoléon y frappe avec ses réserves « masse de rupture », crève le centre de l'ennemi qui, ouvert en deux, voit, selon les circonstances, soit ses deux ailes, soit seulement l'une d'entre elles, coupées de leur retraite et vouées à la destruction.

Au mieux, l'aile la plus proche de la ligne de retraite est écrasée par la masse de rupture contre la masse tournante qui joue le rôle d'enclume. Dans la pratique, les grandes victoires napoléoniennes s'avèrent toutes une réalisation plus ou moins complète de ce type de bataille : Austerlitz, Friedland, Wagram, ...

Forces inférieures

La position centrale

Enfin, si l'ennemi est nettement supérieur en nombre, Napoléon accepte la bataille sur une « position centrale » de son choix. Cette position est forte car l'abord est subdivisé par des obstacles naturels (principalement des cours d'eau), en plusieurs secteurs où les assaillants ne pourront communiquer entre eux qu'avec difficulté.

Une fois les corps adverses fixés dans chaque secteur par un combat défensif préliminaire, Napoléon concentre le maximum de ses forces dans l'un des secteurs et y rompt le front adverse, quitte secondairement, ainsi victorieux, à se porter sur les arrières des assaillants d'un des secteurs voisins.

Cette tactique a été utilisée dans les batailles de Dresde et Leipzig par exemple.