Sommaire

Le Directoire

Présentation

Le Directoire a duré 4 ans, du 26 octobre 1795 au 10 novembre 1799. Brève période dans la vie d'un homme, dans celle d'un peuple. Entre la Convention et l'époque napoléonienne, le Directoire est souvent présenté comme une transition : liquidation des espoirs révolutionnaires, préparation du pouvoir personnel. Il faut se garder pourtant de l'illusion historique qui juge une époque par rapport à un avenir, aujourd'hui connu, mais dont elle ne savait rien.

Situation territoriale et démographique

La France de 1795 est plus grande que celle de 1789. Aux acquisitions qui datent déjà de quelques années (Avignon, la Savoie, Nice, les anciennes enclaves allemandes, l'évêché de Bâle) viennent s'ajouter les ex-Pays-Bas autrichiens. Le territoire national est libre de toute présence étrangère, à l'exception de la Corse. Bien plus, les troupes françaises occupent, outre quelques hautes vallées piémontaises, la majeure partie de la rive gauche du Rhin, dont certains dirigeants envisagent l'annexion, lorsqu'une paix victorieuse aura été signée avec l'Autriche.

La République compte environ 32 millions d'habitants, dont 28 millions sur le territoire de l'ancien royaume. C'est dire que le bilan démographique des six dernières années, malgré l'émigration, malgré la guerre et la Terreur, est positif. La population est donc nombreuse, et jeune : 11,5 millions de Français ont moins de 19 ans, 14 millions ont entre 20 et 64 ans. Enfin, elle est en grande majorité rurale, dense surtout au nord de la Loire. Le chiffre de la population urbaine n'est guère que de 5 millions d'habitants.

Difficultés économiques et financières

Du point de vue économique, la France a très peu changé depuis 1789. Elle reste un pays essentiellement rural, dans lequel les travaux des champs n'ont pas été modifiés par les bouleversements politiques et sociaux. Le pays continue de vivre dans la crainte de la disette, toujours possible en cas de mauvaise récolte. Dans l'industrie, c'est toujours le type artisanal qui domine, sans qu'on puisse faire état, depuis 1789, d'inventions techniques marquantes.

Cette vie économique est gênée par deux circonstances : le mauvais état des communications et les difficultés financières. Tous les témoignages concordent pour signaler l'état déplorable des routes, mal entretenues et, de plus, peu sûres en raison du développement du brigandage. Les canaux ne sont pas en meilleur état. Les ports supportent les conséquences de la guerre maritime. Bien plus grave est la crise financière. Le Directoire avait hérité de la Convention une énorme quantité de papier-monnaie. Ne valant presque plus rien, l'assignat fut supprimé le 18 février 1796 et remplacé un mois plus tard par des mandats territoriaux gagés sur les biens nationaux non encore vendus. Démentant l'espoir mis en lui, le nouveau papier s'effondre encore plus vite que l'assignat : le 4 février 1797, le mandat est démonétisé, les impôts devant être acquittés en numéraire. A l'inflation succédait la déflation, génératrice de baisse des prix et des salaires.

La nouvelle société

Un trait retient avant tout l'attention : la disparition des ordres privilégiés, clergé et noblesse. Les anciens nobles qui n'ont pas émigré et qui ont survécu à la Terreur ont conservé leurs propriétés foncières et, s'ils ne perçoivent plus de droits seigneuriaux, en touchent néanmoins les fermages. Par leurs revenus et par leur genre de vie, ils se rapprochent de la classe dominante, la bourgeoisie.

Celle-ci est en plein essor. Mais elle est loin de former un bloc homogène. Des bourgeois ont souffert de la Révolution, tandis que d'autres en profitaient. Enrichis par les affaires, les artisans et commerçants deviennent la petite bourgeoisie. Ils achètent des biens nationaux et font donner à leurs enfants une éducation qui leur permettra de devenir fonctionnaires ou de s'orienter vers les professions libérales.Parmin cette nouvelle bourgeoisie se trouvent une grande majorité de familles honnêtes et solides qui formeront les cadres de la nation pendant tout le XIXème siècle.

On est assez mal renseigné sur les ouvriers des années 1795-1799. Dans l'ensemble, les salaires sont plus élevés qu'en 1789. Mais on redoute le chômage, toujours menaçant en cas de marasme des affaires. Les paysans représentent la grande masse de la population française. Le nombre de ceux qui sont propriétaires est plus grand qu'en 1789, par la mise en vente des biens nationaux : mais ce sont surtout les paysans riches qui peuvent acheter de la terre, car les administrations de la période directoriale mettent en vente des lots étendus, afin d'éviter le morcellement excessif de la terre.

La fin du Directoire

Si le régime issu de la Constitution de l'an III représente bien une tentative de stabilisation au sortir d'une période de troubles, elle ne pouvait réussir que si elle s'accompagnait du retour de la paix. Or dans l'hiver 1798-1799, une nouvelle coalition est dirigée contre la France. L'attaque simultanée sur tous les fronts qui s'ajoute à des insurrections royalistes en divers points du pays. La situation était devenue très critique au milieu de l'été de 1799, d'autant qu'elle coïncidait avec une crise intérieure déclenchée par les élections qui, au printemps, avaient envoyé aux Conseils une majorité hostile au Directoire. Les Jacobins étaient décidés à terminer la Révolution par un changement de Constitution et l'instauration d'un gouvernement fort, stable et conservateur. Mais cela nécessitait le recours à un coup de force, c'est-à-dire l'appel à un général. On sait dans quelles conditions Bonaparte le réalisa les 18 et 19 Brumaire an VIII.

Le Consulat

Présentation

Les 4 années du Consulat ont modelé pour 200 ans le visage de la France. Non seulement elles ont mis fin aux troubles de la Révolution, dont elles ont consolidé les conquêtes, mais elles ont vu naître la plupart des institutions administratives et économiques de la France contemporaine. Oeuvre remarquable que celle du Consulat, dont le mérite ne revient pas seulement au Premier consul, mais aussi aux exécutants, Cambacérès, Lebrun, Gaudin, Mollien ou Chaptal.

La pacification

L'apaisement politique était urgent. Le premier geste spectaculaire fut de déclarer close la liste des émigrés à la date d'installation du nouveau régime. Puis le rythme des radiations de la fameuse liste alla en s'accélérant jusqu'aux mesures d'amnistie qui favorisèrent le retour des intéressés. En contrepartie la garantie des biens nationaux, clé de voûte de la nouvelle société française, fut proclamée. Bonaparte était convaincu de la nécessité d'un accord avec la religion catholique. Le Concordat imposé par le Pape à une curie hostile et par le Premier Consul à un monde politique anticlérical fut signé le 15 juillet 1801 à Paris. Il marquait le couronnement de la politique de pacification du Consulat.

A l'extérieur, Bonaparte l'Autriche signe la paix le 9 février 1801 à Lunéville. Elle assure la pacification du continent en effectuant une sorte de partage de l'Europe méridionale entre Paris et Vienne. Le traité d'Aranjuez confirme, le 21 mars 1801, les stipulations de Saint-Ildefonse. Par celui de Florence, le 29 mars, le roi de Naples cède l'île d'Elbe à la France et ferme ses ports aux Anglais. L'Angleterre se résigne à signer la paix à Amiens le 25 mars 1802.

Le redressement intérieur

Le Premier Consul se met au travail, remarquablement conseillé par ses deux collègues, Cambacérès et Lebrun. De toutes ses créations, la plus importante est l'organisation par la loi du 17 février 1800 de l'administration régionale et locale fondée sur une base centralisatrice. À la tête de ces différentes divisions administratives sont placés un préfet, un sous-préfet, un maire, respectivement assistés de trois conseils : général, d'arrondissement, municipal.

Alors que les juges comme les administrateurs deviennent des fonctionnaires nommés et appointés par l'éxécutif, la loi du 18 mars 1800 installe près de chaque tribunal un commissaire du gouvernement, reconstitue des cours d'appel et coiffe l'ensemble des juridictions d'une Cour de cassation nommée par le Sénat.

Tandis que l'unification du droit français est confiée au Conseil d'État, l'indispensable redressement financier fait naître une autre hiérarchie de fonctionnaires pour remédier aux abus des fermes et autres modes de perception : des directeurs et contrôleurs des contributions sont établis pour la répartition de l'impôt, des receveurs et des percepteurs pour son recouvrement. Le budgetr est ramené à l'équilibre au bout de 2 ans.

L'Empire

La diffusion des idées françaises

Au coeur de la politique napoléonienne, il ne faut voir ni l'insatiable ambition dénoncée par ses adversaires, ni l'esprit de famille, mais le Blocus continental qui explique bien la formation du Grand Empire. Tous les pays vassaux, annexés ou alliés, ont dû se plier à ses exigences, et l'Europe napoléonienne apparaît avant tout comme une machine de guerre dirigée contre l'Angleterre. Devait-elle se désunir après l'effondrement de l'économie anglaise ?

En réalité, Napoléon a très vite cessé de considérer son empire comme une création passagère destinée à unir un moment le continent contre la perfide Albion. Il a cherché à lui donner, à la manière de Rome, des bases solides. Partout fut introduit le Code civil. Des principes juridiques nouveaux (égalité sociale, liberté civile) se substituèrent à la vieille organisation féodale, mais avec des nuances.

En Italie comme en Belgique, la Révolution avait déjà aboli la féodalité. Elle disparut, le 2 août 1806, dans le royaume de Naples. Les droits personnels, les banalités et les dîmes furent supprimés, mais les droits réels durent être rachetés. Il en fut de même dans le grand-duché de Berg, où le servage fut aboli le 12 décembre 1806. En Allemagne du Sud, le régime féodal résista à la pénétration du droit français. Dans le grand-duché de Varsovie, la Constitution du 22 juillet 1807 avait aboli le servage, mais les droits seigneuriaux persistèrent. La féodalité n'a donc pas été entièrement détruite. Les institutions françaises furent introduites dans les pays vassaux ou soumis : préfectures établies en Espagne en 1809, justices de paix en Pologne, système fiscal d'inspiration française en Allemagne. Là encore, l'emprise ne fut pas toujours durable.

La circulation des hommes et des idées

La route devint, comme dans l'Empire romain, le principal facteur d'unité. Le décret du 16 décembre 1811 établit le classement des 14 routes de première classe qui rayonnent de Paris vers les parties les plus reculées de l'Empire. Les grands travaux changèrent le visage des vieilles capitales, l'oeuvre du préfet Tournon, à Rome, fut considérable : assèchement des marais Pontins, pont sur la via Appia, aménagement du Tibre, progrès de l'hygiène publique.

Au sein de la Grande Armée s'opéraient également des brassages de population. Ne va-t-on pas désigner sous le nom d'Armée des vingt nations les forces qui s'engageront, en 1812, dans les steppes de Russie ? Napoléon alla même jusqu'à créer un ordre qui remplaçait les anciennes décorations de l'Europe et qui symbolisait la fusion dans l'Empire de pays différents : ce fut l'ordre impérial de la Réunion, établi par décret le 18 octobre 1811. Dans les premières nominations, on compte au sommet de la hiérarchie trente Français, quarante Italiens et quatre-vingt-dix Hollandais.

Les arts eux-mêmes n'échappent pas à cette oeuvre d'unification. C'est au Louvre qu'il faut désormais venir admirer les Rubens d'Anvers ou les chefs-d'oeuvre des collections italiennes, allemandes ou espagnoles. Vivant-Denon fait de ce musée, avec le butin des campagnes victorieuses, le plus fantastique ensemble de toiles et de sculptures européennes. Il n'est pas jusqu'aux archives des pays vaincus dont le transfert n'ait été envisagé à Paris.

En outre le style Empire, surtout le mobilier, étend son influence en Allemagne, en Italie et même en Espagne. Certains artistes, comme David ou comme Isabey, participent à la propagande impériale. Dans les salons, la peinture guerrière l'emporte. A l'Opéra, le succès va au Triomphe de Trajan, apologie à peine déguisée de l'Empereur. La vision de la littérature s'élargit sous l'influence de Mme de Staël, passée avec les idéologues dans l'opposition. Lacépède fut grand chancelier de la Légion d'honneur, Chaptal ministre de l'Intérieur, Monge et Berthollet entrèrent au Sénat.

Le malaise du commerce européen

Le Grand Empire était-il viable ? Peut-être, si Napoléon n'avait modifié en 1810 la conception initiale du Blocus. N'ayant pu décourager la contrebande avec l'Angleterre, Napoléon se fit lui-même contrebandier. Il autorisa l'importation de marchandises anglaises par le système des licences. Il percevait sur l'entrée de ces marchandises des droits élevés qui lui permirent de financer l'expédition de Russie.

Mais ce commerce, au demeurant limité, avec l'Angleterre fut exclusivement réservé aux ports français qui redistribuaient ensuite au reste de l'Europe les produits importés de Grande-Bretagne. Tout commerce avec Londres restait en revanche interdit aux vassaux et alliés de Napoléon. Bien plus, celui-ci renforça dans ces pays la lutte contre la contrebande, notamment en Allemagne : des marchandises anglaises d'une valeur de plusieurs millions furent brûlées à Francfort.

L'Europe supportait déjà mal les privations que lui imposait un blocus qui ruinait par ailleurs son économie : elle le supporta encore plus difficilement quand elle vit la France s'en affranchir. Arme de guerre contre l'Angleterre, le Blocus devient, à partir de 1810, l'instrument de l'hégémonie économique de la France sur le continent. Sans doute l'Europe n'aurait-elle pas osé se soulever si les revers militaires de Russie et d'Allemagne n'avaient affaibli le prestige de Napoléon.

L'oeuvre napoléonienne

Certes, la France a finalement perdu ses frontières naturelles et se retrouve plus petite qu'avant la Révolution, mais on ne peut parler de saignée démographique due aux guerres de l'Empire. La population est passée entre 1800 et 1817 de 25 à 27 millions d'habitants. Ce phénomène s'explique par une augmentation de la natalité. La mortalité recule dans les campagnes par suite du développement de la vaccine et des améliorations de l'alimentation.

Le bilan économique, lui, est franchement positif. Là encore, la guerre a joué un rôle d'accélérateur. La période 1800-1817 correspond à un mouvement de hausse des prix. De 1780 à 1815, le prix moyen du froment s'élève de 55%. La multiplication des défrichements et le partage des biens communaux permettent d'expliquer l'augmentation des terres cultivables. La culture de la pomme de terre triomphe des derniers préjugés des paysans. Par ailleurs, le Blocus a favorisé les cultures tinctoriales : garance, safran, pastel destinés à remplacer les teintures coloniales; la chicorée se substitue au café, et Delessert parvient à fabriquer dans son atelier du sucre de betterave. De son côté, Chaptal développe la chimie vinicole.

En libérant la France de la concurrence anglaise, le Blocus Continental a permis à l'industrie française de progresser rapidement, sans pourtant rattraper son retard sur sa rivale insulaire. Les innovations techniques n'ont pourtant pas manqué en France : machine à filer le lin de Philippe de Girard, métier à tisser de Jacquard, cylindre à imprimer les indiennes d'Oberkampf, invention de la soude artificielle par Leblanc, ...

À qui profite cette expansion économique ? L'Empire consacre la destruction de la féodalité et son remplacement par une société de classes. Transformation qui avantage en premier lieu la paysannerie. Avec la vente des biens nationaux, la propriété paysanne a progressé de 10 à 30%. L'établissement du cadastre assure aux paysans un régime fiscal plus juste, enfin, dans la mesure où ils disposent d'excédents négociables, ils sont favorisés par la hausse des prix agricoles. Il en va de même dans les villes pour les ouvriers : les levées, raréfiant la main-d'oeuvre, encouragent la hausse des salaires et résorbent un chômage que le développement du machinisme et le renversement de la conjoncture ressusciteront sous la Restauration.

Mais c'est la bourgeoisie qui est la principale bénéficiaire du régime napoléonien. La création de la noblesse d'Empire, où elle est largement représentée, en concurrence avec la caste militaire et l'ancienne noblesse, flatte sa vanité. S'il est des catégories bourgeoises perdantes, tels les rentiers de l'Ancien Régime, les armateurs de Nantes, Bordeaux ou La Rochelle ruinés, en revanche la nouvelle réglementation est favorable à la grande société capitaliste. Ne citons que le Code de commerce qui donne son essor à la société en commandite par actions ou la loi de 1810 sur les concessions minières.

À l'actif du bilan de l'Empire, on a surtout retenu les institutions (Conseil d'État, préfectures, Cour des comptes, Université, académies, lycées) qui ont traversé tous les régimes. Napoléon a achevé l'oeuvre de centralisation commencée par la monarchie, oeuvre indispensable pour assurer l'unité nationale et briser un particularisme provincial resté vivace. Il a surtout favorisé l'avènement politique et social de la bourgeoisie qui sera triomphante pendant tout le XIXème siècle.