Sommaire

L'île d'Elbe et les Cent-Jours

Le vol de l'Aigle

Après Fontainebleau, Napoléon part en voiture pour l'île d'Elbe, non sans être insulté dans le Midi royaliste et menacé dans sa vie. Il y trouva d'abord un repos indispensable, une meilleure santé, affecta d'oublier le passé et de vivre en « juge de paix ». Il y passe le temps en réorganisant l'administration, en améliorant les routes et en faisant exploiter les différentes mines.

Mais cette île est trop petite pour un homme qui a dirigé l'Europe. De plus, pendant le Congrès de Vienne, il fut question de le déporter en Afrique, il ne manquait plus au protocole que la signature du tsar Alexandre qui refusa.

Napoléon haraguant les troupes venus l'arrêter.

Averti par Fleury de Chaboulon, Lavallette et Regnault-de-Saint-Jean-d'Angély, confiant dans le résultat sur l'opinion française des fautes commises par la Restauration, mal surveillé par les Anglais, Napoléon quitte l'île d'Elbe dans la nuit du 1er mars 1815.

Il débarque à la tête de 1 000 hommes à Golfe-Juan et cherche à rejoindre Grenoble. Il évite la vallée du Rhône, trop royaliste, en passant par les Alpes. Louis XVIII envoie des troupes pour arrêter "l'usurpateur".

A Laffrey, près de Grenoble, Napoléon rencontre le détachement envoyé pour l'arrêter. Il s'avance seul et lance : "Soldats du 5ème de ligne, s'il en est un parmi vous qui veuille tuer son Empereur, me voici !".

Le cri de ralliement qui lui répondit fut le départ d'une marche victorieuse sur Paris qu'il atteignit le 20 mars sans tirer un seul coup de feu.

La campagne de Belgique

De retour au pouvoir, Napoléon essaie de se ménager tout les partis : républicains, royalistes, bonapartistes et surtout la majorité silencieuse. Il indique aux forces alliées que désormais il ne porterait plus armes contre elles. Toujours réunis au Congrès de Vienne, les Alliés décident de « mettre au ban de l'Europe le perturbateur de la paix publique » et font marcher leurs armées contre lui.

La charge des cuirassiers français sur les carrés anglais.

Napoléon est obligé de prendre les devants. Il décide d'écraser les Anglais en Belgique, avant de se retourner contre les Prussiens. Les Russes et les Autrichiens sont encore trop éloignés pour intervenir.

La Campagne de Belgique, après les victoires de Charleroi, de Ligny et des Quatre-Bras, se termine tragiquement le 18 juin 1815 par la défaite de Waterloo.

Les troupes n'étaient plus les mêmes, les généraux avaient perdu la foi et Napoléon avait commis de grossières erreurs de jugement.

En fin d'après-midi, les Anglais commençaient à reculer face aux Français, mais les Prussiens avaient forcé l'allure et rejoignaient le champ de bataille. Pour l'armée française, la position n'était plus tenable. Le repli devint retraite, la retraite devint déroute.

L'Europe victorieuse imposa à la France le second traité de Paris (20 novembre 1815), qui la ramena aux frontières de 1790, moins quelques places fortes au Nord et plus quelques enclaves (Avignon, Mulhouse, Montbéliard). Le traité fixa l'indemnité de guerre à 700 millions et la durée de l'occupation armée à 5 ans.

Le martyr de Sainte-Hélène

La traitrise des Anglais

Quant à Napoléon, après avoir, dit-on, songé à se faire tuer sur le champ de bataille, il s'était enfui tout d'une traite jusqu'à Philippeville. L'Empereur ne fait que prévenir un second vote de déchéance en abdiquant le 22 juin, en faveur de son fils Napoléon II. Le même jour, les Chambres instituent une commission exécutive provisoire sous la présidence de Fouché : cette commission ne fait d'ailleurs que préparer les voies à la seconde Restauration.

Le 29, Napoléon quitte Paris assiégée depuis la veille et se réfugie à la Malmaison. Le 3 juillet, Napoléon part pour Rochefort, dans l'espoir de gagner les États-Unis. Craignant de tomber entre les mains des Bourbons, il se fait transporter à bord du vaisseau anglais le Bellerophon le 15 juillet, et déclare s'en remettre à la générosité du prince-régent d'Angleterre, et venir, « comme Thémistocle, s'asseoir au foyer du peuple britannique, sous la protection des ses lois ».

Je proteste solennellement ici, à la face du ciel et des hommes, contre la violence qui m'est faite, contre la violation de mes droits les plus sacrés, en disposant par la force de ma personne et de ma liberté. Je suis venu librement à bord du Bellerophon, je ne suis point prisonnier, je suis l'hôte de l'Angleterre. J'y suis venu à l'instigation même du capitaine qui a dit avoir des ordres du gouvernement de me recevoir et de me conduire en Angleterre avec ma suite, si cela m'était agréable. Je me suis présenté de bonne foi pour venir me mettre sous la protection des lois de l'Angleterre. Aussitôt assis au bord du Bellerophon, je fus sur le foyer du peuple britannique. Si le gouvernement, ne donnant des ordres au capitaine du Bellerophon de me recevoir ainsi que ma suite, n'a voulu que me tendre une embûche, il a forfait à l'honneur et flétri son pavillon. Si cet acte se consommait, ce serait en vain que les Anglais voudraient parler à l'Europe de leur loyauté, de leurs lois et de leur liberté. La foi britannique se trouvera perdue dans l'hospitalité du Bellerophon. J'en appelle à l'Histoire : elle dira qu'un ennemi, qui fit vingt ans la guerre au peuple anglais, vint librement dans son infortune chercher un asile sous ses lois. Quelle plus éclatante preuve pouvait-il donner de son estime et de sa confiance ? Mais comment répondit-on en Angleterre à une telle magnanimité ? On feignit de tendre une main hospitalière à cet ennemi, et quand il se fût livré de bonne foi, on l'immola !

L'exil

Il fut transféré à Torbay, puis, malgré ses protestations, déporté à l'île Sainte-Hélène, à 2.000 lieues de l'Europe. Le 10 août, le vice-amiral Cockburn fut chargé de l'y conduire sur le vaisseau le Northumberland. Les personnes qui furent autorisées à partager sa captivité étaient Bertrand, son grand maréchal du palais, Montholon et Gourgaud, ses aides de camp, le comte de Las Cases, son ancien chambellan, ses valets de chambre ou serviteurs Marchand, Saint-Denis, Novarraz, Cipriani, Archainbaud, Saintini, le chirurgien irlandais O'Meara.

Jamestown, capitale de Sainte-Hélène.

Anéanti pendant les premiers jours de la traversée, il se remit à partir du jour de sa fête, le 15 août. Pour le distraire et le calmer, Gourgaud et Las Cases obtinrent qu'il leur dictât sa Campagne de Waterloo et sa Campagne d'Italie. À Funchal, où le vaisseau fit escale, il commanda une bibliothèque considérable.

Il débarqua le 17 octobre à Jamestown, seul port de l'île. Il logea d'abord, sur sa demande, dans un pavillon de la maison des Briars, appartenant à la famille Balcombe.

Napoléon crut que cette attente était due au fait que Plantation House, la résidence du gouverneur de l'île, devait être aménagé pour le recevoir.

Mais il n'en fut rien et on conduisit Napoléon et ses compagnons d'exil dans le pire endroit de l'île (même les Anglais le reconnaissent) : Longwood.

La vie à Longwood

La résidence de Longwood de nos jours.

C'est là qu'il eut avec Las Cases les entretiens d'où est sorti le Mémorial de Sainte-Hélène, apologie perpétuelle de sa personne et de sa politique, mêlée d'attaques ou de critiques à l'adresse de ses ennemis, et même des généraux qui l'avaient servi.

Il n'épargne guère que Larrey, Drouot, Gérard, Duroc et le colonel Muiron qui était mort pour lui à Arcole. Il accable ses frères. Il a de l'indulgence, non seulement pour Joséphine, mais pour Marie-Louise.

Cockburn n'agissant pas en geôlier, l'arrivée du nouveau gouverneur, Hudson Lowe, mit fin à toute espérance. Ce loyal, mais brutal officier, ne pensa qu'à sa consigne, empêcher l'évasion, et s'imposa aux représentants de l'Autriche (de Sturmer), du tsar (de Balmain) et de Louis XVIII (de Montchenu).

Dès lors, ce fut entre le captif de Longwood et son gardien en chef une lutte journalière sur les correspondances, les entrées et les sorties, l'étiquette, ... Le plan consistait à exagérer les moindres difficultés pour émouvoir l'opinion européenne.

Napléon dictant ses Mémoires.

En 1816, le gouverneur fit embarquer Las Cases pour Le Cap. En 1817, l'état de santé de Napoléon s'aggrava, et dès lors ne cessa de maigrir. Il avait un ulcère de l'estomac, maladie qui avait emporté son père. Le docteur O'Meara, homme d'honneur et de coeur, qui avait gagné toute sa confiance, consentit aisément à diagnostiquer une hépatite, que l'on pouvait attribuer au climat très inégal de l'île.

En 1818, sur l'ordre du malade, O'Meara refusa d'accepter une consultation, et préféra repartir. Napoléon, aux sorties duquel étaient assignées des limites fixes et des conditions, ne se montrait plus, ce qui redoublait les transes du gouverneur, obligé de constater sa présence deux fois par jour.

En août 1819, Hudson Lowe futaccueilli violemment à coups de fusil. Il se retira quand il entendit les éclats de rire nerveux de son prisonnier, qui s'empressa d'adresser une lettre au secrétaire d'État Bathurst, où il se plaignait qu'on eut violé son domicile.

Sa famille lui envoya le médecin Antommarchi (19 septembre 1819), et Fesch deux prêtres assez mal choisis, Bonavita et Vignali. Antommarchi ne fut d'abord accueilli qu'avec défiance, même par le malade, et subit d'étranges interrogatoires. Il obtint enfin que Napoléon prit un peu l'air et s'occupât de jardinage, ce qu'il fit d'ailleurs avec sa fougue ordinaire. Mais l'abus des bains chauds, des narcotiques, qui calmaient seuls ses douleurs, avait non moins que la maladie elle-même miné cet organisme puissant, et la tête était de moins en moins solide.

Les derniers moments

Le 5 mai 1821 à 17h49 : Napoléon s'éteint.

En janvier 1821, Antommarchi en est à proposer le sirop d'éther. Une promenade à cheval de deux heures, que Napoléon voulut faire malgré le médecin, l'affaiblit beaucoup.

Il sortit la dernière fois calèche le 17 mars. Hudson Lowe envoya le chirurgien anglais Arnott, qui fut reçu.

Le 3 avril, Hudson Lowe voulut faire transporter le malade dans la nouvelle maison de Longwood, enfin achevée : « J'entends, répondit Antommarchi, après l'avoir fait vivre dans une masure, vous voulez qu'il meure dans un palais : l'artifice est grossier ».

Une période de rémittence suivit, du 13 au 27 avril, pendant laquelle, soit seul, soit avec Marchand et Montholon, il écrivit son testament.

Le 1er mai, l'agonie commença, tantôt comateuse, tantôt spasmodique et délirante. Au lit de mort, il n'a que des rêves et des hallucinations de bataille, et les derniers noms qu'il prononça furent ceux de Desaix, de Masséna, les derniers mots, ceux de « tête, armée ».

Il mourut le 5 mai 1821, à 17h49.

Les funérailles furent celles consenties à un général en chef, les Anglais refusant de le reconnaitre Consul ou Empereur. Le corps fut inhumé non loin d'une source qu'il avait bénie dans les derniers jours de sa maladie, sous le saule de Longwood. Aucun nom ne figure sur la tombe, les Anglais refusant d'y laisser inscrire le mot "Napoléon".

Le retour des Cendres

Le débarquement du cercueil en France.

En 1840, le roi Louis-Philippe rapatrie le corps de Napoléon en France. Son retour, 20 ans après sa mort, est un moment de communion nationale. Le corps de l'Empereur repose depuis aux Invalides.

Le testament qu'il laissait, et par lequel il disposait de 8 millions, fut l'occasion de tristes contestations, le dépôt confié par l'Empereur au banquier Laffitte ne dépassant pas 6 millions, quant au reliquat du domaine privé qu'il croyait pouvoir mettre en compte, la Restauration ne l'avait pas respecté.

Cependant, comme tout héros et tout mythe, il y a une part de mystère.

Le tombeau de Napoléon aux Invalides.

Outre les interrogations que l'on peut avoir sur les événements qui poussèrent Napoléon à agir de telle manière et non pas de telle autre, il existe aussi de très nombreuses théories concernant sa mort et son lieu de repos.

En effet, certains pensent que l'Empereur est décédé de mort naturelle due à son ulcère à l'estomac, les légitimistes, tandis que d'autres, les empoisonnistes, pensent qu'il a été assassiné, notamment à l'aide d'arsenic.

Enfin, les substitutionnistes pensent que ce n'est pas l'Empereur qui someille sous le dôme des Invalides.

Ils pensent qu'entre la mort de l'Empereur (1821) et le moment où les Français sont venus chercher son corps (1840), les Anglais ont eu le temps de substituer le corps de Napoléon par un autre, en l'occurence celui de son domestique Cipriani mort en 1818 et dont le corps n'a jamais été retrouvé.

Le mystère demeurera tant que le tombeau des Invalides ne sera pas ouvert pour effectuer un prélèvement d'ADN.