Sommaire

La poursuite de la paix

La pacification de la France

Napoléon Bonaparte, Premier Consul

Bonaparte montre vite sa personnalité : en dictant la Constitution de l'an VIII, il renforce à son profit le pouvoir exécutif, se réservant l'initiative des lois et la possibilité d'avoir recours au plébiscite. A l'étonnement des incrédules, l'homme de guerre se montre un administrateur consommé.

En quelques jours, par son gouvernement, Bonaparte inspire confiance. Sous ce nouveau régime inaugurant une forme de gouvernement direct, il devient Premier Consul (assisté de Cambacérès et Lebrun, dont le rôle n'est que consultatif) et émiette le pouvoir législatif en assemblées dénuées de prérogatives.

Les premières mesures des Consuls sont empreintes d'esprits d'apaisement et de conciliation. Les proscrits sont rappelés, la loi des otages supprimée, l'impôt forcé progressif annulé, ...

La paix intérieure se gagne d'abord à l'Ouest. Les chouans sont maîtrisés avec l'intervention d'importantes troupes de l'armée. Leurs chefs sont emprisonnés et la plupart exécutés.

Restent les Jacobins. Ils écopent de l'attentat de la Rue Saint-Nicaise alors que les véritables responsables sont les royalistes.

L'opposition de gauche est brisée. La preuve de la culpabilité des chouans ayant été établie, les réseaux royalistes sont démantelés. L'opposition de droite est réduite à l'impuissance. Les tensions politiques et révolutionnaires s'apaisent.

La France en paix avec l'Europe

A l'extérieur, le premier Consul, rompant avec tous les usages, écrit des lettres au Roi d'Angleterre ainsi qu'à François II d'Allemagne déplorant la guerre qui a sévi. Mais ceux-ci ayant repris les armes, il décide une nouvelle campagne, pour contrer la deuxième coalition.

Bonaparte au col du Grand Saint-Bernard
lors de la seconde Campagne d'Italie

Il triomphe à Marengo en Italie (14 juin 1800), de même que Moreau à Hohenlinden en Allemagne (3 décembre 1800), ce qui contraint l'Autriche à confirmer la paix de Campoformio par celle signée à Lunéville le 9 février 1801 et garantit le Rhin comme frontière orientale de la France.

Bonaparte est au comble de la popularité, il vient de donner à la France une paix glorieuse. Avec l'Angleterre, Bonaparte signe la courte paix d'Amiens, le 25 mars 1802. Après dix ans de guerre en Europe, le Premier Consul parvient à établir une paix fragile mais essentielle, puisque, déjà, elle est la reconnaissance de sa puissance.

Parallèlement, il donne une constitution à la Hollande, devient médiateur de la Confédération des cantons suisses (19 février 1803) et président de la République italienne après avoir annexé Parme et le Piémont.

En plus du continent européen, Bonaparte s'allie avec les États-Unis par le traité de Mortefontaine qui établit entre les deux républiques "une paix ferme, inviolable et universelle".

Souhaitant voir dans les Etats-Unis un rival maritime de l'Angleterre, Bonaparte consent à leur vendre la Lousiane, un territoire allant Rocheuses aux Appalaches et leur permet ainsi de tripler leur superficie et d'accéder au Mississipi.

Les masses de granit du Consulat

L'économie

Le franc germinal

Afin d'organiser la paix, Bonaparte met en place de nombreuses réformes économiques. Il réorganise surtout les finances de l'État, notamment en créant la la Banque de France en 1800 et lui accorde le monopole de l'émission des billets de banque le 13 avril 1803.

Le nouveau système monétaire décimal est mis en place et le franc germinal est créé. Sa valeur restera stable jusqu'en 1914 et sera utilisée jusqu'en 1926.

Il rassure la bourgeoisie en réaffirmant la liberté d'entreprise et en renonçant au concept aristocratique de la propriété. Pour redonner confiance aux entrepreneurs, il interdit les grèves et, pour l'ouvrier, réintroduit l'obligation du livret de travail, le soumettant à la surveillance.

La méritocratie

En créant l'ordre de la Légion d'Honneur le 18 mai 1802, Bonaparte cherche à fonder une nouvelle élite fondée non plus sur les privilèges, mais sur le mérite civil et militaire. De même, en 1802, il développe l'enseignement public avec la création des lycées, dispensant une instruction à la fois scientifique et classique, ainsi favorise-t-il cette bourgeoisie dont il cherche à obtenir le soutien.

L'administration

Edition originale du Code civil des Français

Le Premier Consul entreprend une réorganisation de l'ensemble de l'appareil administratif et juridique. Les juges deviennent des fonctionnaires de l'Etat, afin d'assurer leur impartialité. En créant, dans le cadre du département, la fonction de préfet, relais direct de son autorité chapeautant les collectivités locales existantes, il contribue à perpétuer la centralisation administrative commencée sous l'Ancien Régime et prolongée par la Révolution.

Le grand oeuvre de Bonaparte est le Code civil (appelé également Code Napoléon à partir de 1807), promulgué le 21 mars 1804.

Cette unification de la législation lui permet d'assurer la libre entreprise, de garantir l'inviolabilité de la propriété privée et de réaliser, une fois encore, un audacieux compromis.

Il sera complété par le Code des procédures civiles en 1806, du commerce en 1807, d'instruction criminelle en 1808 et le Code pénal en 1810, modifiant durablement et profondément les structures juridiques de la France.

Le problème religieux

L'oeuvre la plus importante du Consulat dans la réconciliation nationale est la Restauration du culte catholique. Bonaparte a compris qu'une société ne peut vivre sans religion et que l'on ne peut, par les seuls décrets, rompre avec 15 siècles de catholicisme. Il signe avec Pie VII le Concordat du 15 juillet 1801, auquel il ajoute, neuf mois après, les lois organiques.

La marche vers l'Empire

Le renforcement du pouvoir

Le Premier Consul se devait d'avoir une résidence digne de sa fonction. Son choix s'arrête sur le palais des Tuileries, du fait de la proximité de la résidence avec les nombreux ministères de la capitale. Ce palais devient par la suite le palais impérial. L'étiquette de la cour, supprimée à la chute de l'Ancien Régime, refait son apparition, tandis que les termes "ci-devant" et citoyen" commencent à disparaitre. Déjà assuré de tous les pouvoirs, le plébiscite de 1802 confirme sa popularité et la Constitution de l'an X le désigne consul à vie.

La rupture de la paix

La paix durement acquise est rompue le 16 mai 1803 par l'Angleterre qui décrète l'embargo contre les navires français et hollandais. Bonaparte réplique le 20 juin par un arrêté interdisant l'entrée en France de toutes marchandises en provenance d'Angleterre où de ses possessions. Il se propose d'essuyer l'affront en envisageant une expédition punitive au coeur même de l'Angleterre. Il mobilise la flotte et l'armée de terre à Boulogne-sur-mer.

Bonaparte au camp de Boulogne

C'est à partir de l'Angleterre que les royalistes émigrés à Londres, cherchant à renverser Bonaparte, fomentent un complot en s'appuyant sur Cadoudal et ses complices en 1804. Ils sont arrêtés, jugés et condamnés.

Napoléon Bonaparte, voulant décourager toute idée de nouvel attentat sur sa personne, fait enlever le 15 mars à Ettenheim, dans le grand-duché de Bade, le duc d'Enghien, fils unique du dernier prince de Condé. Ramené au château-fort de Vincennes, il y est jugé et condamné à mort par une commission spéciale présidée par le général Hulin. Le prince est fusillé sitôt la sentence prononcée, sans obtenir l'entretien qu'il sollicitait avec Bonaparte.

17 ans plus tard, en rédigeant son testament, trois semaines avant de mourir, il écrit : « J'ai fait arrêter et juger le duc d'Enghien, parce que cela était nécessaire à la sûreté, à l'intérêt et à l'honneur du peuple français, lorsque le comte d'Artois entretenait, de son aveu, soixante assassins à Paris. Dans une semblable circonstance, j'agirais encore de même ».

La mort du duc d'Enghien ne provoque aucune émotion. Fouché pousse le Sénat à inviter le Premier Consul à "achever son ouvrage en le rendant immortel comme la gloire". Le 18 mai 1804, le Sénat vote à l'unanimité l'instauration du gouvernement impérial, proclamant Napoléon Bonaparte Empereur des Français.