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La génèse de la Garde Impériale

La Garde Impériale trouve ses origines dans les troupes de la Révolution Française avec les grenadiers-gendarmes près la Représentation nationale qui deviennent les grenadiers du Corps législatif en 1795. Une année plus tard, une nouvelle unitée est créée : la Garde du Directoire exécutif.

Le 20 brumaire an VIII, Bonaparte, passant en revue la Garde du Corps législatif et celle du Directoire exécutif, annonce que ces unités deviennent à compter de ce jour la Garde des Consuls. Son effectif n'est alors que de 2089 hommes. Le 20 floréal an XII, cette Garde des Consuls devient la Garde Impériale. C'est le début de la légende.

Dès le début de son organisation, les conditions d'accès à la Garde Impériale sont extrêmement sévères. D'une manière synthétique, on peut dire que l'admission d'un soldat dans la Garde est une récompense pour acte de bravoure ou de bonne conduite. Le corps ne sélectionne que des hommes en activité, ayant toujours témoigné d'une conduite irréprochable. Autre contrainte, les soldats destinés aux grenadiers à cheval et à l'artillerie doivent avoir la taille minimale de 1,80m (5 pieds, 6 pouces), ceux versés dans les chasseurs à cheval et à pied doivent mesurer 1,70m (5 pieds, 2 pouces).

Tout individu détenteur d'une arme d'honneur, ou cité honorablement dans un rapport, sera néanmoins dispensé de la taille. La Garde se distingue par une discipline exemplaire, fondée non sur la crainte de la répression, mais sur le sentiment du devoir à accomplir. La confiance et la sollicitude de l'Empereur vis-à-vis de la Garde excitent bien évidemment les autres corps de l'armée et provoquent parfois quelques jalousies.

Unité d'exception, la Garde impériale possède ses propres colonels-généraux qui sont Bessières pour la cavalerie, Davout pour les grenadiers à pied, Mortier pour l'artillerie et le génie, et enfin Soult pour les chasseurs à pied. Elle dispose également d'un état-major particulier.

La composition de la Garde

Corps des grenadiers à pied
1er régiment de Grenadiers à pied
2ème régiment de Fusiliers grenadiers
3ème régiment de Tirailleurs grenadiers
4ème régiment de Conscrits grenadiers
5ème régiment de Flanqueurs grenadiers
6ème régiment de Vétérans
Corps des chasseurs à pied
1er régiment de Chasseurs à Pied
2ème régiment de Fusiliers chasseurs
3ème régiment de Tirailleurs chasseurs
4ème régiment de Conscrits chasseurs
5ème régiment de Flanqueurs chasseurs
6ème régiment de Gardes nationaux
Cavalerie
1er régiment de Grenadiers à cheval
2ème régiment de chasseurs à cheval
3ème régiment de Mamelouks
4ème régiment de Chevau-légers lanciers
5ème régiment de Dragons
6ème régiment de Eclaireurs
Gendarmes d'élite et d'ordonnance
Artillerie
Génie
Train d'artillerie, des parcs et des équipages
Marins

Les campagnes de la Garde

Pendant la Campagne d'Autriche de 1805, la Garde est présente lors de la capitulation du général Mack et de la garnison d'Ulm. Le 2 décembre, sa cavalerie composée est engagée contre la cavalerie de la Garde russe. Elle fait prisonnier son commandant, le prince Repnine, mais déplore au rang de ses pertes le colonel Morland des chasseurs à cheval. L'année suivante, la Garde fait la Campagne de Prusse mais n'est engagée dans aucune bataille. Elle se distingue glorieusement à Eylau tandis qu'à Friedland, seules quelques unités de cavalerie participent au combat.

En 1808, la Garde passe en Espagne, ses chasseurs à cheval et ses mamelouks chargent dans les rues de Madrid lors de la révolte qui éclate le 2 mai. Les engagements se multiplient : les dragons sont engagés à Medina del Rio Seco, les chasseurs à cheval à Benavente, les chevau-légers polonais fau col de Somosierra.

Pendant la Campagne de 1809, la Garde est mise à rude épreuve. Les batailles d'Aspern et d'Essling, constituent le baptême du feu pour les nouvelles unités de tirailleurs-grenadiers. Les unités d'infanterie de la Vieille Garde sont également exposées dans ces journées et soutiennent le poids de la retraite française. A Wagram, les chevau-légers polonais chargent les uhlans autrichiens, font prisonnier le prince d'Auesperg, et s'emparent de leurs lances qu'ils ne quitteront plus.

En Russie, presque toute la Garde impériale est engagée, soit trois divisions d'infanterie, la totalité de la cavalerie et de l'artillerie. Lors de la bataille de la Moskowa, tous les régiments, sauf l'artillerie, restent l'arme au bras. Durant la retraite, la Garde est la seule unité qui marche en ordre à peu près régulier.

A partir de l'année 1813, la Garde impériale va être régulièrement engagée au combat, car la disproportion joue maintenant en faveur des Alliés. La Jeune Garde se distingue à Lützen. A Dresde, la Jeune Garde se distingue une fois de plus lors de la prise du Gross Garten. A Leipzig, Napoléon doit faire avancer la Garde pour soutenir le corps du général Reynier qui est débordé. Lors de la retraite vers la France, la Garde force le passage à Hanau face aux Austro-bavarois.

En 1814, la Garde se surpasse pendant la Campagne de France. Dans toutes les batailles, ses régiments ne faiblissent jamais. Une partie de la Garde va suivre l'Empereur dans son exil à l'île d'Elbe.

En 1815, la Garde renaît de ses cendres pour la Campagne de Belgique. A Waterloo, toutes les unités de la Garde sont engagées dans cette rencontre de géants : l'artillerie va y perdre son commandant, la cavalerie charge toute entière, l'infanterie de la Jeune Garde se distingue, l'infanterie de la Moyenne Garde tente une percée, l'infanterie de la Vieille Garde soutient le choc de la retraite. L'histoire s'emparera de ces héroïques phalanges et de la phrase du général Cambronne : "La Garde meurt et ne se rend pas !".

Les témoignages

Suckow, qui assiste à la bataille de la Moskowa : "Une belle coutume existait à cette époque dans l'armée impériale. On considérait les jours de bataille comme des jours de fête, et à leur occasion on faisait la plus belle toilette possible. Cet usage était particulièrement en honneur dans la Garde. Je me rapelle que celle-ci prit part en grande tenue à celle de Mojaisk, avec ses bonnets en peau d'ours et ses bonnets rouges".

Pendant la campagne de Russie, au départ de Moscou : "Leur aspect était superbe et magnifique : fraîches et gaillardes, leurs colonnes s'écoulaient avec ordre, les hommes étaient bien habillés et lourdement chargés de vivres. Chacun d'eux avait trois ou quatre pains blancs arrimés sur son sac et une gourde d'eau de vie pendait aux courroies de son sabre ou de ses cartouchières".

Lors de la bataille de Dresde, le major saxon Odeleben, attaché à l'état-major en est le témoin : "La Garde montrait un courage déterminé, un grand dévouement, pour l'Empereur, et même après les marches les plus fatiguantes, elle le saluait par des cris redoublés".

Le vice-amiral baron Grivel donne un portrait détaillé dans ses Mémoires des soldats de la Garde : "Quoique les soldats de la Vieille Garde ne fussent admis qu'après des campagnes multipliées et une renommée militaire bien acquise, ils ne différaient pas moins beaucoup les uns des autres. Appartenant à toutes les contrées de notre pays, chacun d'eux apportait, d'ailleurs, de son régiment un caractère particulier, mais tout cela ne tardait pas à se fondre dans l'esprit de la Garde et à se modeler sur les anciens. On n'envoyait ni tapageurs, ni duellistes, ni buveurs incorrigibles, et s'il s'en glissait quelques-uns, il prenait tout à coup des allures réservées et pleines de convenance, ou ils étaient immédiatement renvoyés. On voulait que cette élite des braves de toutes nos armes se respectât elle-même, et on y était si bien parvenu que les punitions graves étaient presque inconnues dans son sein, et que la salle de poice suffisait, le plus souvent, au maintien de la discipline".