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L'infanterie a toujours été la "Reine des batailles". C'est autour d'elle que s'articule l'organisation de l'armée prise dans son ensemble. C'est d'après sa puissance que l'on jugera de la puissance militaire de la nation. Elle peut seule gagner des batailles et exploiter le résultat ainsi acquis, ce que ne peuvent faire l'artillerie ou la cavalerie qui lui sont donc attachées pour augmenter son efficacité.

L'infanterie française ne brille pas toujours par la puissance de son feu, car la manière de charger les fusils n'est pas la plus efficace. Dans les rangs, les fantassins, très serrés, sont obligés de faire le quart de conversion pour passer leur arme à gauche. Dans les batailles, la puissance de feu n'est pas toujours le critère déterminant : bien souvent les jambes et les baïonnettes décident de l'issue du combat.

La tactique employée dès les premières années de la Révolution consiste à combiner de nombreux tirailleurs avec les colonnes d'attaque de bataillons. Les premiers engagent l'action, escarmouchent, tandis que les colonnes se jettent sur les positions en chargeant à la baïonnette. A partir de ce moment, la bataille prend la forme d'une série de combats partiels.

L'organisation de l'infanterie

Le bataillon

L'unité tactique de base de l'époque est le bataillon. Il est normalement commandé par un chef de bataillon. Il est constitué de compagnies, variables en nombre et en composition selon le pays et le type d'infanterie. Le plus souvent, 4 à 10 compagnies constituent le bataillon. La compagnie comprend de 50 à 200 hommes selon les nations. On voit donc qu'un bataillon peut compter de 200 à 2000 hommes selon les nations et selon les époques. Ces deux chiffres représentent des extrêmes rarement rencontrés et la fourchette la plus représentative se situe entre 500 et 1500 hommes.

Un bataillon est donc composé de plusieurs compagnies, et parmi celle-ci, il se trouve fréquemment des compagnies différenciées que l'on appelle compagnies d'élite, au nombre d'une ou deux. La compagnie d'élite la plus fréquente, est la compagnie de grenadiers. Ce sont des fantassins à la stature et à l'expérience au combat supérieures à la moyenne, et qui apportent au reste du bataillon leur appui physique et surtout moral. Ils portent toujours des pièces d'uniforme permettant de les distinguer.

L'autre compagnie d'élite que l'on peut aussi trouver au sein des bataillons est la compagnie légère. Elle porte différents noms selon les pays et l'on peut citer sans être exhaustif, les termes de voltigeurs, tirailleurs, chasseurs, traduits dans les différents langages. Ces sont des hommes choisis pour leur agilité et particulièrement entraînés au tir, avec des armes souvent de meilleure qualité que le reste de la troupe, et au combat en formation diffuse, c'est à dire en tirailleurs. Eux aussi sont toujours reconnaissables par certains aspects de leur tenue.

Le gros du bataillon est constitué des compagnies dites du centre, formés d'hommes du rang sans compétence particulière. C'est la masse des conscrits, formés parfois très sommairement, à la manoeuvre en ordre serré, au tir de salve et au combat à la baïonnette. Elles sont appelées compagnies du centre parce que dans toutes les armées, lorsque le bataillon est déployé en ligne, la compagnie de grenadiers occupe la droite du bataillon, et la compagnie légère, si elle existe, la gauche.

Le régiment

Le régiment est surtout une entité administrative mais qui n'a pas grande signification sur le champ de bataille. Il est normalement commandé par un colonel. Il est constitué de un ou plusieurs bataillons de guerre, c'est à dire utilisés en campagne, le chiffre le plus élevé rencontré est de cinq bataillons pour un régiment, et d'un bataillon de dépôt. Ce bataillon de dépôt à effectif moindre est chargé de la réception et de la formation des recrues au bénéfice des bataillons de guerre. Il est fréquent qu'un régiment ait au même moment plusieurs de ses bataillons disséminés sur plusieurs théâtres d'opérations.

La brigade

C'est l'unité tactique qui est de fait, pour la manoeuvre, immédiatement supérieure au bataillon. Elle est normalement commandée par un général de brigade. La brigade regroupe de deux à dix bataillons, ce dernier chiffre pouvant être assez élevé, et on a vu des brigades à dix ou douze bataillons. Le plus souvent, la brigade est la réunion de plusieurs régiments, mais cela n'est absolument pas obligatoire.

La division

La division est l'unité tactique immédiatement supérieure à la brigade. Elle est normalement commandée par un général de division. La division est composée d'au moins deux brigades qui, sauf cas particulier manoeuvrent ensemble sur le champ de bataille.

Le corps d'armée

Le corps d'armée est une formation perfectionnée au plus haut point dans les armées françaises, et plus ou moins adoptée par les autres belligérants. Il est constitué dans sa forme la plus accomplie, d'une ou plusieurs divisions d'infanterie plus de la cavalerie et de l'artillerie de réserve, sans compter les services du train, des ambulances, ... Il s'agit donc d'une véritable petite armée et pouvant faire campagne de façon autonome. Le corps d'armée est commandé par un général de division ou par un maréchal.

Les différents types d'infanterie

Il existait deux types d'infanterie à l'époque, à savoir : l'infanterie de ligne et l'infanterie légère. Ces deux types principaux étaient répartis entre des catégories de troupes se différenciant par leur valeur au combat. Ces catégories sont : la Garde, la ligne, la réserve, les irréguliers.

L'infanterie de ligne

Un fusilier
Un voltigeur
Un grenadier

C'est la plus nombreuse. Le bataillon de ligne est constitué de compagnies de fantassins n'ayant aucun entraînement particulier, et souvent pas de compagnies d'élite. Il constitue la masse de manoeuvre principale de l'armée. Il n'est normalement utilisé qu'en ordre dense, sauf pour les compagnies d'élite qui peuvent parfois agir séparément. En particulier, les compagnies légères peuvent être envoyées en avant du bataillon pour harceler au feu l'ennemi, ou occuper des zones habitées par exemple, toutes tâches que leur aptitude à manoeuvrer en ordre lâche leur rend plus aisées.

Le fantassin des compagnies du centre des bataillons de ligne est appelé selon le pays : fusilier, mousquetier, lignard, ... La première des compagnies d'élite est formée presque invariablement de grenadiers, la seconde s'il y a lieu, et selon les pays de voltigeurs, légers, tirailleurs, ...

L'infanterie légère

Elle est, théoriquement, une troupe d'élite dont les bataillons dans leur ensemble sont aptes à effectuer les tâches qu'accomplissent les compagnies légères de la ligne. Un bataillon d'infanterie légère est constitué d'un nombre variable selon les nations de compagnies du centre, et parfois d'une ou deux compagnies d'élite. Les fantassins des compagnies du centre portent des noms différents selon les nations, et l'on peut citer : chasseurs, tirailleurs, fusiliers, ... Beaucoup de nations ont jugé bon d'adjoindre à leurs unités d'infanterie légère une ou deux compagnies d'élite. La première est constituée de carabiniers qui sont l'équivalent des grenadiers, et la deuxième s'il y a lieu, de voltigeurs.

La Garde Impériale

Dans presque toutes les armées de l'époque, une petite proportion de l'infanterie réunissait les meilleurs soldats disponibles, et constituait en principe l'ultime réserve sur le champ de bataille. Les unités ainsi constituées portaient le titre de Garde et jouissaient, outre d'un immense prestige, le plus souvent d'avantages non négligeables sur bien des plans. On trouvait dans la Garde aussi bien des troupes légères que des troupes normales.

La ligne

Ce terme, désigne en fait deux choses distinctes et qui sont assez proches dans l'esprit, ce qui ne manque pas de créer des confusions. On peut définir par ligne tout ce qui n'est ni garde, ni réserve, ni irrégulier, c'est à dire le gros de l'armée. Mais on peut aussi définir par ligne ce qui n'est pas infanterie légère. Ainsi l'on aura les bataillons de ligne par opposition aux bataillons de légers, mais on aura des bataillons légers de la ligne par opposition aux bataillons de légers de la Garde. Le tout étant de s'entendre sur les termes ... Ce n'est d'ailleurs pas la seule difficulté de terminologie.

La réserve

Elle est constituée de troupes de second ordre, soldats âgés rappelés, conscrits peu formés, milices locales, ... Le plus souvent elle n'est utilisée que pour la défense du territoire national, mais on en a vu participer à des campagnes sur sol étranger. Elle est constituée en bataillons et/ou régiments généralement sur le modèle national, mais les compagnies d'élite y sont plus rares. Elle a pour nom garde nationale, landwehr, milice, ...

Les irréguliers

Ce sont presqu'exclusivement des bandes plus ou moins organisées agissant sur place pour la défense du sol natal. Elles n'ont en raison de leur manque d'équipement, entraînement ou même simplement de véritable motivation, pratiquement aucune valeur face aux troupes régulières. Par contre, elles s'attaquent volontiers aux convois de vivres, de blessés, aux petits détachements isolés, ... L'exemple le plus typique est la guérilla espagnole, mais d'autre cas ont pu être observés ailleurs.

Les formations d'infanterie

Principe

Les armes du fantassin de l'époque sont encore assez rudimentaires, et les armes à feu, essentiellement le mousquet, manquent totalement de précision. C'est ce qui explique que pour obtenir une efficacité suffisante, les tirs d'infanterie doivent être délivrés en masse. Ainsi, 200 mousquets tirant en même temps peuvent légitimement laisser espérer à environ 60m un nombre de coups au but allant de 10 à 20% seulement !

C'est cet impératif de fournir un volume de feu important qui a amené les unités d'infanterie à manoeuvrer en ordre serré. De plus, la masse compacte des hommes que constitue un bataillon donne à l'impulsion que lui confère un mouvement offensif visant à entrer au corps à corps avec l'ennemi un impact que ne permettraient pas des formations plus lâches.

La ligne

Le moyen le plus sûr pour mettre hors de combat l'adversaire était de l'éliminer au feu avant d'entrer au contact avec lui. La formation qui permet le mieux d'arriver à ce résultat est celle qui permettra au plus grand nombre de mousquets de tirer en même temps, à savoir la ligne. C'est une formation que toutes les nations ont employée, et où les compagnies du bataillon sont rangées les unes à côté des autres en une ligne ininterrompue.Les hommes sont généralement placés sur trois rangs, sauf exception et les deux premiers rangs peuvent faire feu tandis que le troisième est censé recharger les armes.

On voit que sur un bataillon de 600 hommes, avec cette formation, 400 mousquets peuvent être déchargés sur un front de 150 mètres ... Impressionnant ! Un autre avantage de cette formation est son peu de profondeur, et donc sa vulnérabilité moindre aux tirs pénétrants : boulets d'artillerie en particulier.

L'inconvénient majeur de cette formation est qu'elle ne donne que peu d'impact à un mouvement de charge, et surtout qu'elle est plus fragile face à une charge effectuée par de la cavalerie. C'est essentiellement une formation d'attaque par le feu.

La colonne

Cette formation consiste à placer l'unité sur plusieurs files, et l'on distingue trois types principaux de colonnes sur le champ de bataille.

La colonne de marche est celle qui permet le mouvement le plus rapide pour gagner sa position de combat. Elle est formée par les demi-compagnies marchant l'une derrière l'autre. Elle n'est absolument pas adaptée au combat.

La colonne de compagnie est une colonne où toutes les compagnies sont déployées et placées les unes derrières les autres. C'est une formation de bataille adoptée par beaucoup de nations, qui défavorise le volume de feu au profit de l'impulsion que peuvent apporter à l'impact un grand nombre de rangs de fantassins marchant au pas accéléré.

Une variante fréquente de la précédente colonne est la colonne dite de division. Le mot division dont on a vu qu'il désignait la réunion plusieurs brigades, a une autre signification, à savoir la réunion de deux compagnies d'un même bataillon. Ainsi, la colonne de division est une colonne où les compagnies sont rangées par deux de front. C'est une formation qui offre l'avantage de permettre d'engager les combat au corps à corps sur un plus grand front tout en ayant l'impulsion due à la présence de plusieurs rangs derrière. Elle permet aussi, grâce à son front plus étendu de délivrer un feu non négligeable. C'est la formation d'attaque par excellence adoptée par beaucoup de nations.

Le carré

L'infanterie est vulnérable aux attaques de cavalerie dès que la menace se fait ailleurs que sur le front où elle peut délivrer un grand volume de feu. Ainsi, un bataillon pris sur son flanc ou son revers par une charge de cavaliers quel qu'il soit est pratiquement perdu. Pour parer cette menace, une formation spécifique a été élaborée : le carré.

C'est une formation où les compagnies ou divisions se placent à angle droit les unes par rapport aux autres en faisant face à l'extérieur de la figure géométrique fermée ainsi obtenue. Le premier rang de soldats se met à genoux baïonnettes pointées à l'oblique, et les deux autres rangs peuvent faire feu tout en complétant le hérisson avec leurs propres baïonnettes. Pratiquement toutes les nations évoluées de l'époque ont adopté cette formation, mais entraînement et la discipline nécessaire au passage rapide en carré en limitaient souvent l'usage aux troupes de ligne et d'élite.

Certaines nations ont développé une formation plus simple mais aussi moins efficace, le carré plein : c'est une colonne qui sous la menace de cavalerie, fait pivoter vers l'extérieur les hommes qui se trouvent sur ses flancs et son revers, offrant ainsi une certaine résistance à l'attaque, toutefois moindre qu'avec le carré dit "creux".

Il est clair que la formation en carré ne permet pas un déplacement rapide de l'unité puisque quelle que soit la direction envisagée, au moins un côté du carré lui tourne le dos. Il est fréquent que plusieurs bataillons se forment en un seul grand carré, et l'on a même vu des divisions entières formées en un immense carré, une véritable forteresse.

Les tirailleurs

Le terme tirailleur est ici utilisé comme terme générique pour désigner les formations diluées que pouvaient adopter en certaines circonstances certaines troupes spécialisées.

En réalité, pratiquement toutes les troupes d'infanterie étaient capables de manoeuvrer en ordre lâche, mais avec plus ou moins d'efficacité selon leur degré entraînement à ce sport particulier. Il consiste à avancer vers l'ennemi en offrant le moins de vulnérabilité possible à ses tirs de défense. Pour cela, on abandonne l'ordre serré, on se disperse, on change fréquemment de position, ...

Il est clair que l'agilité, l'esprit d'initiative, et l'autonomie individuelle doivent être élevés pour obtenir de bons résultats en ce domaine. C'est pourquoi toutes les troupes spécialisées dans ce genre de combat avaient le statut de troupes d'élite. A contrario, les troupes qui n'étaient pas spécialement entraînées obtenaient des résultats parfois désastreux et n'y avaient recours qu'exceptionnellement.

L'avantage du combat en tirailleurs et que la formation est peu vulnérable aux tirs de l'adversaire. Son inconvénient majeur est son inaptitude totale à soutenir le corps à corps avec des unités en ordre dense, et sa grande vulnérabilité face à la cavalerie adverse. C'est une formation utilisée essentiellement pour harceler au feu les unités adverses, mais aussi pour traverser les terrains difficiles qui rendent la progression en ordre dense hasardeuse.