Georges Charpak, le passeur de sciences

La communauté scientifique, et particulièrement la physique des particules, est en deuil aujourd'hui.

Georges Charpak était un esprit novateur et humaniste. Il a apporté une immense contribution à la recherche en France et dans le monde » tient à souligner Alain Fuchs, président du CNRS. « Ses travaux ont révolutionné la physique subatomique et ouvert la voie à l'ère du numérique. Son invention des chambres à fils, qui lui a valu le prix Nobel en 1992, est à l'origine des détecteurs utilisés aujourd'hui en physique fondamentale, sans laquelle nombre de découvertes n'auraient pas pu être effectuées. Elle est aussi à la source d'applications et de progrès majeurs, notamment dans le domaine de l'imagerie médicale, la radiographie, la médecine et la biologie ».

Né à Dobrovica (ville ukrainienne alors polonaise), arrivé en France à l'âge de sept ans Georges Charpak était devenu citoyen français en 1946. Dès 1941, il avait rejoint la Résistance. En 1943, il avait été interné à la prison Centrale d'Eysses, puis déporté au camp de concentration de Dachau.

D'abord spécialiste de physique nucléaire, Georges Charpak s'était rapidement consacré à la physique des particules et avait reçu la plus prestigieuse des distinctions pour l'invention et le développement de détecteurs de particules, le Prix Nobel de Physique.

Ancien élève de l'École des Mines de Paris (1948), docteur ès sciences (1955), il entre en 1948 au CNRS comme chercheur dans le laboratoire de physique nucléaire du Collège de France, dirigé par Frédéric Joliot. Maitre de recherche au CNRS en 1959, il rejoint le Centre Européen de Recherche Nucléaire (CERN) de Genève où il est reste comme physicien permanent de 1963 à 1989. Le CERN lui a d'ailleurs consacré sa première page et une série de dossiers/vidéos/hommages.

Georges Charpak s'est ensuite consacré à la physique nucléaire, puis à la physique des particules de haute énergie, pour lesquelles les détecteurs qu'il a conçus se sont substitués universellement à ceux qui les avaient précédés. Ses principaux travaux :

- La mesure de l'anomalie du moment magnétique du muon

- L'étude des couches nucléaires profondes à l'aide de pions positifs

- La canalisation des particules de haute énergie dans les cristaux

- L'invention, puis le développement de détecteurs divers utilisés dans les expériences de physique de particules : chambres à étincelles, chambres à fils proportionnelles et chambres à dérive (chambres de Charpak)

- L'invention de détecteurs de rayons X en cristallographie : chambres à dérive sphérique

- Les détecteurs gazeux à avalanches lumineuses.

Ces méthodes permettent, dans certaines applications, de faire des radiographies avec des doses de radiations ionisantes bien inférieures à celles utilisées auparavant. Une interview de Charpak il y a quelques années.

En 1995, Georges Charpak, rejoint par Pierre Léna et Yves Quéré, a lancé le programme La main à la pâte, propose de combiner l'enseignement scientifique théorique avec des expériences pratiquées par les enfants eux-mêmes.

La physique des particules a non seulement perdu un éminent physicien, mais également un homme de bien.

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